Ou comment je me suis un peu réconciliée avec moi-même grâce à Ninnie...

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je ne voulais pas faire de cheesecake. Je m'explique. Je suis allée à New-York l'année dernière. Au retour, j'avais fait quelques dessins un peu rapides mais bon, ils illustrent assez bien mon impression:

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Chaque jour, nous visitions un nouveau quartier: Chelsea, Greenwich village, Soho, Nolita, Harlem, Little Italy, Chinatown, Little Italy in the Bronx, le Queens, East side, lower east side, etc, etc. C'est énorme, c'est grandiose, pour ma part, j'étais un peu oppressée par tant d'urbanisme, de monde, de bruit, de sollicitations... Je dois préciser que monsieur guépard est absolument urbain, que rien ne le stresse en ville, qu'il a toujours la méga patate, et qu'il ne peut absolument pas comprendre ce que je ressens. Nous étions donc continuellement embarqué de partout, et un jour, bien sûr, nous sommes allés à Brooklyn.

Il y a plusieurs Brooklyn: les 5 Burroughs de New-York sont vastes. Nous avons vu les artères bobos: Smith Street et Williamsburgh, bon, pas de problème, comme partout, des magasins american apparel, signe de quartier branché, des petits cafés, des pâtisseries, des magasins de disques pointus et des vêtements de créateurs locaux.

La jeune serveuse niçoise du bar-tabac, Smith st., Brooklyn, où j'ai mangé de trop bon eggs benedict en terrasse:

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Un bar de williamsburh où nous avons bu des bières, un dimanche après-midi, dans le patio intérieur, donc en pouvant fumer une cigarette (!), avec une bonne programation reggae roots, tranquillou!

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Et puis il y a le vrai Brooklyn, le métissé, le hip-hop, les T-shirts de basket XXL, les ghettoblasters. Monsieur guépard ne change pas d'un iota, il est toujours à l'aise, voire même plus: plus ça brasse, plus c'est wild, plus il est cool. J'étais un peu fatiguée, je ne savais pas quoi faire de moi. C'est à ce moment que monsieur guépard trouve un magasin de disques grand comme un musée: là j'ai su qu'il me fallait trouver un café, un endroit pour décompresser, et le laisser tranquillement passer une heure à fouiller dans les bacs. Je marche. Nous avions convenu de toujours nous retrouver au premier café de la première rue à droite. Et à droite, il n'y avait rien d'engageant: un mc Do, des fast-foods de pizza, bon. Je reviens sur mes pas, et je continue tout droit, à gauche donc de la rue principale, et là, par hasard, je tombe sur mon sauveur: Junior's! Le Junior's! J'aurais voulu le trouver, je n'y serais pas arrivée! A moi le fameux cheesecake!

J'entre, c'est parfait! un dinner/salon de thé à l'ancienne, très 50's. Des familles afro-américaines fêtent les anniversaires des enfants, les tables regorgent de pâtisseries, de milkshakes, de parts de tartes, c'est la régressions totale.
Je suis bien! Je m'asseois, sors le journal le Monde d'il y a trois jours, je vais me régaler! Le serveur, old style, m'apporte la carte, et c'est une liste sans fin de tas de bonnes choses: du pain perdu, des crêpes, des pancakes, des glaces, des smoothies, des millefeuilles, des gâteaux à la crème, des gâteaux au chocolat, au caramel, à tout! je ne suis pas très sucre d'habitude, mais ce jour-là, c'est exactement ce qu'il me faut! Je n'arrive pas à choisir, et de plus j'ai soif, alors je commande un milkshake à la fraise, et ensuite le fameux cheesecake, l'original, la spécialité de la maison.

Je déplie le Monde, je suis au paradis: c'est simple, je souris comme une illuminée depuis que j'ai passé la porte. Le serveur m'amène un verre géant rempli du meilleur milk-shake du monde, à base de vraies fraises, de chantilly et de glace vanille. Oh lala, c'est le top! Je me régale, et je termine le milkshake vite fait bien fait. Et arrive le cheesecake: je n'en ai jamais mangé auparavant. Ouah, c'est énorme! Une belle part, bien haute, allez j'attaque. Ah ben, j'aime pas ça.
De temps en temps, j'essaie d'en remanger une cuillère, quand j'ai un peu oublié l'impression désagréable, mais non, elle revient à chaque fois. Non, je n'aime pas ça. Je n'aime pas la texture, trop compacte, trop riche, et je n'aime pas le goût, ce mélange de citron acide et de graisse trop suave (je ne perçois que l'aspect gras de la crème, trop riche). Bon c'est pas grave, j'ai déjà eu le meilleur milkshake du monde, je ne suis pas déçue, et je continue tranquillement ma lecture, en reprenant une cuillère deci-delà. Un employé passe, me demande si tout va bien, je réponds oui, avec un grand sourire.

Je n'ai même pas mangé la moitié du cheesecake quand le serveur s'approche de moi, et me demande si j'aime le gâteau. Je lui réponds que c'est très bon, mais que c'est un peu riche pour moi, que j'ai vu large... Il me répond qu'il s'est fait sermonner par son boss parce que je ne lui ai pas demandé un autre gâteau. il m'informe d'un ton assez sec que chez Junior's, le client est roi, et qu'il doit être satisfait, et que si je n'aime pas le gâteau, il faut en demander un autre. Mais pas cette fois, la prochaine, si je reviens.

Je suis dégoûtée. Sincèrement, je suis au bord des larmes. Cela m'arrive souvent à l'étranger: à force de vouloir s'effacer, de ne vouloir déranger personne, j'accumule une sorte de détresse qui affleure si je me sens agressée. Tout est gaché. Cinq minutes plus tard, je pars.
Je sais que tout cela part d'un bon principe, mais voilà je n'ai pas les codes, et ce serveur m'a fait me sentir responsable de la remarque qu'il s'était prise. Je me suis fait avoir par le décalage de culture. J'aurais peut-être du réagir sur le coup, mais j'étais plus perdue que revendicative.
Voilà pourquoi je garde un goût amer concernant le cheesecake, alors j'ai tout de suite zappé le KKVKK; mais je me suis peu à peu rendu compte que je pouvais réparer un peu ce mauvais souvenir, et j'ai donc décidé de me lancer dans le cheesecake façon milkshake, pour rééquilibrer un peu les impressions positives et négatives.

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Les obstacles à franchir: à chaque problème, sa solution:

La part était trop grosse: je fais des petits cheesecakes individuels dans des ramequins

Le fromage était trop riche: je ne mettrai qu'un œuf + agar-agar

Citron + fromage: je n'aime pas: je choisis donc le parfum milkshake et m'entoure d'ingrédients amis: les jockey, petit en-cas, parfum fraise + parfum vanille pomme. Je suppose que vous connaissez ces petites merveilles de fromage blanc onctueuses à souhait, au parfum de glace, et non de yaourt? Ils se sont imposés sans effort face à leur concurrent mascarpone + fraises mixées (quoique c'est très bon aussi, mais pas assez rassurant pour me convaincre dans ce cas précis). Ensuite, j'hésite à rajouter de la ricotta, mais j'ai peur du riche, toujours, je veux que le fromage frais ait le dessus, donc je complète avec un yaourt à la grecque. Voilà les trois opercules de ces yaourts, remarquez la subtilité de la gamme colorée (c'est pour ça que j'ai un peu abandonné les dessins, trop frustrant de ne pas réussir à retranscrire ce genre de vision):

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Version "crème de jour Clinique, étalée directement sur la page de magazine":

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Dernier invité: les petits beurre de Lu pour remplacer les speeculoos, car je n'aime pas trop ça:

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J'imprime la recette de Loukoum, et je la modifie ainsi:

pour 4 petits cheesecakes individuels:
100 g de petits beurre
25 g de beurre fondu
1 en cas de Danone aux fraises
1 en cas vanille pommes
1 yaourt à la grecque
(chaque yaourt pèse 150g, mais 2 sont déjà sucrés)
30 g de sucre
1 œuf
2 g d'agar-agar

Réalisation:
Je fais comme loukoum pour la pâte, que je tasse facilement dans les ramequins avec un verre. J'ai mis un peu de papier sulfurisé au fond pour démouler, mais je pense que ce n'est pas indispensable.

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Pour la crème, je bats ensemble les trois yaourts, au batteur éléctrique: hum, c'est beau! Je rajoute le sucre sans cesser de battre, et l'œuf, puis enfin l'agar-agar, toujours batteur à la main pour éviter tout grumeau. La couleur me semble timide, je rajoute trois gouttes de colorant rose pour faire plus fraise.
Et je termine exactement comme Loukoum dit parce que ses tests sont très convaincants: à refroidir dans le four après une heure de cuisson, puis 24h au frigo.

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Le résultat m'a réconciliée avec le cheesecake: c'est celui-là que j'aurais voulu manger! Léger, proche du yaourt avec une fermeté supplémentaire, parfumé, et avec un rapport crème/pâte presque égal. Par contre, ce n'est pas du tout un cheesecake de compèt' si on regarde le creux que forme le fromage en cuisant. Je vous laisse juges, moi je suis trop contente!